La cité sainte de la Mort

En Inde la mort n’est pas tabou. Elle fait partie du “quotidien”, ou du moins bel et bien acceptée comme une étape de la vie.
Dans la religion Hindoue, la réincarnation a une place importante.
Vos actes ont tous un impact sur le cycle de réincarnation et ce que vous deviendrez par la suite.
Suman nous avait dit à Delhi que c’était une évidence que la réincarnation soit réelle. Autrement comment accepter que des enfants naissent aveugles, ou meurent si jeunes de maladie, pendant que d’autres ont une vie si aisée. Il y a une explication spirituelle à pourquoi vous êtes nés comme vous êtes aujourd’hui.
Ce qui amène donc les gens à avoir moins peur de la mort, puisque elle mènera à une nouvelle vie, peut être meilleure si les actions ont été positives.

La cité sainte de la Mort

Varanasi est l’une des plus anciennes cités du monde encore habitées.
C’est ici que le Bouddha a fait son premier discours après l’Illumination.
Elle est traversée par le Gange, ce fleuve gigantesque aux eaux saintes pour les Hindous, aux eaux les plus polluées pour le reste du monde.
Avec une vision occidentale, Varanasi (ou Bénarès) est difficile à comprendre. La ville accueille chaque jour des centaines de fidèles venus se laver dans le Gange, afin de briser le cycle des réincarnations et atteindre directement le Nirvâna. C’est aussi ici que beaucoup d’Hindous viennent mourir, afin d’être incinéré ici et leurs cendres dispersées dans le fleuve sacré.

J’avais un certain stress à l’idée de visiter la ville. En effet, voir et sentir la Mort à travers les crémations publiques et les corps flotter dans le Gange est quelque chose qui me faisait un peu peur.
Et pourtant, c’est moi qui ai ajouté cette étape à notre itinéraire. Je me suis dit que c’était dommage d’être en Inde et de louper une part aussi importante de la culture Indienne. Et puis quand même, ça aurait été dommage de ne pas voir le lever de soleil sur le Gange, l’un des fleuves les plus connus au Monde, un symbole du même acabit que le Taj Mahal.

La première surprise se présente dès notre entrée dans la ville. Elle ressemble  à beaucoup d’autres villes du nord de l’Inde avec son lot de taxis et scooters, ses bazars, ses couleurs, ses odeurs. Rien de moins, rien de plus. 
Je m’attendais à plus de mysticisme dès les premières rues. Comme quoi le stress ne naît que de l’imagination.
Il fait nuit quand nous rejoignons les Ghats du Gange (ces enfilades d’escaliers qui longent le fleuve).

Nous avons loupé les cérémonies rituelles du soir, mais les cloches sonnent néanmoins en continu. Certains se baignent, et la rive est remplie de touristes et de fidèles. Il fait bon, et ici on échappe un peu aux odeurs de pots d’échappement. Ça sent l’encens que les Sadhus (les Sages Hindous) brûlent au bord de leurs tentes, et on se croirait presque sur n’importe quel quai de fleuve de France. (Presque).

Le lendemain, je suis levée à 5h30 pour assister aux ablutions et aux offrandes du matin, pendant que Thomas reste tranquille dans le lit.
La lumière de l’aube est belle, ce qui donne plus de spiritualité à l’endroit que la veille.

Je me balade, je fais quelques photos, je me pose et observe les gens suivre leur rituel du bain dans le fleuve sacré.

Des Sadhus prennent la pose devant l’objectif de visiteurs, et d’autres se prennent carrément en selfie. Vu d’ici, ils ressemblent plus à une communauté hippie avec une communication bien rodée qu’à de vrais Sages… mais ne généralisons pas, il y a toujours des gens pour se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas vraiment.

Le moment est agréable, et je reste là à contempler tout ça pendant plus d’une heure.

Les baignades se font un peu plus rares, les saris sèchent au soleil.
Je retrouve Thomas pour un petit déjeuner, et nous repartons ensemble nous balader dans les petites rues de la ville.

Nous croisons quelques marches funéraires, où la personne décédée est enveloppée dans des tissus – à l’exception de son visage – et recouverte de fleurs, portée à travers les rues étroites par un groupe d’hommes chantant.
Nous pouvions assister à une crémation – qui sont accessibles également aux non Hindous – mais je me suis dit que cette expérience était suffisante pour moi.
Nous nous en tenons donc aux jolies petites rues et aux Lassi !

La dernière étape de l’Inde aura été un peu spéciale, mais nous sommes contents d’être allés jusque Varanasi, et d’avoir pu nous faire notre propre idée de cette cité particulière.

“On est large !”

Mes petits parents vous n’allez pas le croire, ce matin nous avons pris le train de Delhi à Lucknow. Départ prévu à 6h10. On était sur le quai à 5h20. 
Si si, je vous jure, j’ai même pris une photo pour le prouver !

(On avait la fâcheuse habitude avec ma soeur d’arriver à l’arrêt de bus ou de train pour le lycée à peu près 2 minutes avant le passage du bus ou du train pendant toutes nos études, et on se disait : punaise on est large, on aurait pu dormir 1 minute de plus (true story), au grand désespoir de nos parents !)

Ce matin, vous n’imaginez pas combien de fois sur ce quai je me suis dit : punaise j’aurai pu dormir 45 min de plus !!!! 

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(from Google images)

Pour continuer sur les souvenirs d’école, quand j’étais étudiante, on est allés voir une très belle exposition dans un bâtiment désaffecté où de grands écrans présentaient en vidéo des lieux bondés, montrant le va-et-vient des gens, un moment du quotidien extrait et posé là dans un lieu vide.
J’étais vraiment hypnotisée par la vidéo de la gare de Bombay, montrant des trains débordants, un bouillonnement. Je m’étais dit qu’un jour je voudrais voir ça en vrai. 

Imaginez donc comme j’ai saoulé Thomas pour qu’on prenne absolument le train en Inde, qui a fini par céder, parce qu’il est trop gentil. (Oui les niaiseries c’est mignon).

On s’est donc levés à 4h30 du matin.
Delhi n’est pas Mumbai. Ce matin je me suis crue à Paris Gare du Nord.
On repassera donc pour le souvenir de l’étudiante. (Et plutôt à Mumbai donc).
En tout cas, nous ne sommes pas mécontents de quitter Delhi, hier l’atmosphère était juste irrespirable, j’ai cru perdre un poumon. En revenant de plusieurs jours dans la campagne indienne, le retour dans la pollution était frappant.

Nous voici donc dans le train pour Lucknow (Uttar Pradesh, nord-est de l’Inde).
Le train est assez similaire à un TER. Les sièges sont confortables, on a même un plateau pour le petit déjeuner.
Le trajet est long, dure 6h pour 515 km, et on dort, on regarde des séries, on trie les photos. On se coupe un peu du monde en somme, le temps du trajet. Je relève la tête de temps en temps, dehors c’est la campagne, les champs, le plastique aussi, toujours présent. Il fait beau.

Juste avant le stop à Kantur Central, le train traverse les bidonvilles. Le contraste entre l’intérieur et l’extérieur du train est saisissant. Les gamins jouent sur des monts de déchets, les maisons de tôle semblent sur le point de s’effondrer. Dans le train et sur les quais, des gamins jouant sur leur smartphone, (dont un qui s’amuse à cliquer sur pause sur l’écran de Thomas toutes les 3 minutes, alors qu’il tente inlassablement de regarder une série). De beaux habits, des valises toutes rangées, bref une situation comme on la vit en Europe.

Vous allez me dire qu’il m’a fallu 14 jours pour prendre conscience du fossé entre pauvreté et richesse de l’Inde. Non, car on a vu la différence dès le 1er jour, mais là, le train avec ces 2 “univers” superposés rend l’écart plus saisissant. Les enfants dans le train regardent dehors. Tout cela semble normal pour eux. Tout autant pour les adultes. C’est la normalité et 95% des gens te disent qu’il faut faire avec. C’est la complexité de l’Inde.

Néanmoins, il y a ces ONG et entreprises sociales qui travaillent pour tenter de réduire ce fossé, grâce à l’éducation et la formation continue des personnes défavorisées – comme les programmes de Dharma Life et Tara Power que nous allons visiter les deux prochains jours.
C’est un travail de titan pour des groupes locaux, mais ça donne de l’espoir, que le changement est en marche, et que ces programmes ouvrent la voie à de nouvelles initiatives.

“Photographier moins, profiter plus”.

Peut-être vous êtes-vous déjà dit que vous preniez trop de photos pendant vos vacances. 
Vous arrivez dans un nouveau pays, la culture y est différente, tout est incroyable, et la tentation de tout vouloir immortaliser est forte.

C’est une “habitude” qui est assez ancrée pour moi lorsqu’on est en voyage, et notamment pour celui-ci.
Tout est nouveau, c’est la première fois que je viens en Inde, alors tout m’interpelle. Les saris, les bazars, les forts et palais de Maharajas. Les lumières sont belles, et j’ai beaucoup de mal à poser mon appareil.

Je ne peux pas tout capturer en photo. C’est stupide, fatiguant et une fois rentrée, je sais que je ne vais rien faire de (ni jamais regarder)  80% de ces photos. 

Il y a d’abord cette envie de partager avec les proches, parce que ce projet est un rêve qui se réalise, et qu’on a envie de transmettre aussi ce qu’on vit.

Et puis aussi, en tant de photographe, je guette tout le temps la “bonne photo”, un peu par habitude. 
Saisir une belle lumière, capter une situation qui est originale, et en faire une belle photo à accrocher sur les murs. Un peu bêtement, je crois que j’ai aussi parfois “peur” de passer à côté d’une photo qui aurait été magnifique.

Prenant le Taj en photo avec le reflet dans une flaque d’eau

Savoir dire stop n’est pas chose aisée. C’est tellement facile de déclencher. Tellement rapide.
Ca peut être aussi frustrant de voir ce qui pourrait être une belle photo mais de ne pas avoir mon appareil et de louper une opportunité. Et pourtant, ça arrive tous les jours, car malgré tout je n’ai pas mon appareil visé à l’oeil à chaque minute. 

Je ne sais plus quel photographe a dit :” Mes plus belles photos sont celles que je n’ai pas  faites”. 
Tout n’est pas fait pour être immortalisé, et c’est important de s’en rappeler.

Nous partons pour un voyage de 100 jours. J’ai réalisé à Jodhpur, après la visite du fort entourée d’Indiens qui se prenaient en selfie devant chaque mur/porte/ salle, que ça n’avait absolument aucun sens ni d’intérêt. Les gens ne regardent même pas ce qu’ils prennent en photo.
Le geste de déclencher est devenu une obsession pour beaucoup de gens, armés d’un smartphone. C’est facile, rapide, et on supprimera la photo si elle ne plait pas. 

Mais quel est le mal qui se cache derrière cette volonté d’externaliser à ce point sa mémoire ?
Pourquoi vouloir ensuite publier tout cela sur les réseaux sociaux ?

Comme pour tout, la quantité prend le pas sur la qualité, et avoir des photos ne rime plus à grand chose. Le tri devient une corvée, et on se retrouve envahis de giga octets d’images que nous ne regarderons jamais.

A Jodhpur j’ai réalisé que même si je n’en suis pas à me prendre en selfie devant chaque mur en pierre, il est important de me restreindre.
De réfléchir à la raison pour laquelle je déclenche :
– Si j’ai déjà 2 ou 3 fois le même type de vue, pourquoi en refaire une autre ?
– Est-ce que je déclenche parce que la scène est nouvelle pour moi, ou parce que la scène me plait vraiment ?
– Est-ce que le moment photographié est un moment dont je veux me souvenir longtemps ? (Et donc qui a une importance pour moi)?
– Et enfin, si le but est de capter une belle lumière ou un sujet original, est-ce que la photo aura vraiment un intérêt pour moi ensuite ?

Par exemple, avant de partir pour l’Inde, j’avais regardé beaucoup de photos, notamment de Varanasi. Des clichés tous plus beaux les uns que les autres des fidèles se baignant dans le Gange, des Sadhus dans des postures de méditation… Ne le cachons pas, bon nombre de gens se disent “j’aurai aimé pouvoir prendre cette photo”. (Ou du moins les gens qui font de la photo, amateur ou professionnel). C’est notamment le but des applis comme Instagram.
Et j’avais aussi envie de faire des photos exceptionnelles de Varanasi, ramener quelques portraits poignants, des paysages à couper le souffle.

Ca, c’était avant de partir. 

Peut-être est-ce grâce aux projets que l’on suit ici, qui m’ont donné la possibilité de photographier les gens avec l’objectif de raconter leur histoire, mais je me suis rendue compte que cette idée de vouloir ramener une belle photo d’un sadhu ou autre est un peu bête.
Parce que ça serait soit une photo volée, soit une photo posée, avec juste comme objectif d’avoir une “belle” photo, mais vide de sens. 

Et puis le matin des prières et de la baignade dans le Gange, je me suis rendue encore plus compte de la stupidité. Tellement de touristes sont là avec leur téléobjectif, photographiant un homme en train de prier, déclenchant puis partant la seconde d’après… Ces photos ont été faites des millions de fois. Pourquoi photographier de la sorte ? Nous ne sommes pas des aventuriers qui devons absolument documenter et témoigner de ce qu’il se passe de l’autre côté du globe.
Rien de magique n’en sortira car le moment n’était pas magique, il était mécanique. Il est parfois même proposé par le sujet lui-même, comme ce Sadhu qui se met en scène pour que le photographe ait une bonne photo.

Donc j’ai décidé de ne faire des photos qu’après avoir regardé vraiment une scène, et quand je me suis dit “Waouh, c’est sublime”. Je n’ai pas tout le temps réussi à capter la beauté du moment, mes photos ne sont pas exceptionnelles, mais au moins ces photos ont un sens et me plaisent, et c’est ça qui m’importe.

En bref, photographier moins, profiter plus, et revenir de ces 100 jours avec une bibliothèque photo qui ne soit pas trop immense.
Un challenge à relever !

Udaipur

YOGA
Après le cours de cuisine, et comme ce séjour à Udaipur n’a rien de commun avec les autres villes visitées, j’ai réussi à convaincre Thomas pour un 1er cours de yoga ! 

Bon je dois dire que j’ai réussi à le convaincre grâce au couple anglais que l’on a rencontré au cours de cuisine, Chris et Nathalie. Ils ont soumis l’idée, c’était l’occasion rêvée : une initiation pour les mecs, au pire si ça ne leur plait pas, ils pourraient toujours se mettre en retrait et discuter ensemble jusqu’à la fin du cours. 
Le Lendemain à 8h30, nous voici sur la petite terrasse d’un temple hindou, avec vue sur le lac, et une superbe lumière de début de journée. Tous les éléments sont présents pour faire le plein d’energies positives et commencer la journée en forme!
Finalement Chris s’est désisté, préférant son lit à la Salutation au Soleil… le lâcheur! Thomas se retrouve avec 3 nanas, à tenter de travailler sa souplesse pendant plus d’1 heure. Bon il s’en sera très bien sorti, contrairement à moi qui me retrouve un peu rouillée après 6 mois sans pratique…

On repart du cours, moi gonflée à bloc avec l’objectif de faire une séance de yoga et de méditation chaque matin pendant notre voyage, histoire d’avoir une petite routine et de muscler mon dos. Thomas lui, repart avec l’objectif opposé : une fois était bien suffisant. Monsieur n’a pas besoin d’apprendre à méditer, il est déjà zen tout le temps. Bon j’avoue qu’il est mon petit exemple de la zen attitude et du self control ;-). Un sadhu à l’occidentale ! 

LE BAZAR
Udaïpur est plus propre que les autres villes visitées jusqu’à présent. C’est plus agréable et nous entamons une longue marche de 3h dans le quartier des bazars, entre klaxons de scooters incessants (attention aux pieds), soleil qui tape, poussière, pots d’échappement (nos poumons en ont pris pour 20 ans)….
Chaque rue a une thématique : la rue des babioles électroniques / la rue des légumes / la rue de la confection de paniers / puis la rue des vêtements / la rue des chips (si si) / la rue des épices / la rue des babouches indiennes / et j’en oublie.

L’ARCHITECTURE
Sur la route pour Udaipur et en plein milieu des montagnes du sud du Rajasthan, nous avons fait un arrêt dans les somptueux temples Jaïns de Ranakpur dédié à Adinatha, tous en marbre blanc sculpté datant de 1437.

D’après l’audio-guide, l’un des piliers ne serait pas droit afin de casser la perfection du lieu et ainsi donner un aspect plus modeste. Telle une chasse au trésor, nous avons cherché ce pilier avec rigueur, mais on s’est vite arrêté:  il s’avère qu’aucun n’est droit ! Mauvaise traduction de l’audioguide ou architecture à la néerlandaise qui a bougé à travers les siècles, on ne saurait dire, mais ça nous a fait bien rire.

La religion des Jaïns est issue de l’Hindouisme. Les Jaïns sont détachés des possessions matérielles, et n’ont pas d’attentes, à l’exception de l’atteinte du Nirvana. Paradoxalement, c’est la religion la plus riche d’Inde, et de nombreux temples fleurissent dans la région.

Dans un style architectural très différent mais tout aussi splendide, il y a le City Palace au coeur d’Udaipur, sur la rive du lac Pichola.

Agrandi et modifié au fil des siècles et des Maharanas, c’est le plus vaste du Rajasthan. Aménagé au début comme une forteresse pour ne pas être attaqué, les couloirs sont étroits et les pas de portes bas, forçant l’ennemi à devoir passer la tête la première et être donc un cible. 

Pour une fois, être petite me sert parfaitement, tandis que je répète inlassablement à Tom de baisser la tête, vu qu’il s’est déjà pris 2 pas de porte les jours précédents…! 

Les cours, les jardins et les salles ornées de gravures, de faÏence de Delft (impression d’être à la maison!) et de peintures de miniatures agrandies font du palais un lieu vraiment splendide et paisible. Le lieu, en écoutant un Rama zen, est parfait pour méditer.

Je passe un moment dans l’exposition de photographies du début du 19e siècle, montrant la vie locale et agricole, les festivités royales, et des portraits du Maharana qui régnait à l’époque sur la région du Mewar. Si vous vous demandez à quoi ça devait ressembler il y a 150 ans, regardez les photos actuelles des Indiens en zone rurale,  enlevez les smartphones, remplacez les scooters par des chameaux et les camions par des éléphants. A ceci près, rien n’a changé. 

LA GOLDEN HOUR

16H30, c’est l’heure de ma nouvelle addiction, le Chai masala, qui remplace mes 4 tasses de thé quotidiennes. 
Armés de 2 gobelets et d’une tarte crumble aux pommes, on se pose au bord de l’eau pendant la fameuse Golden Hour, qui rend tout magique. Un gamin fait des aller-retours pour remplir des sachets d’eau et abreuver la colonie de pigeons, les Indiennes font 30000 selfies avec leur jolis saris (non les 4 “0” n’est pas une erreur de frappe), un petit groupe joue du sitar et vend des bijoux exposés sur un tapis en espérant récolter un peu d’argent, des gens discutent sur les marches, et nous on regarde tout ce petit monde vivre ensemble, attendant de voir à quel moment les pigeons vont faire leur tour de vol histoire de digérer leurs graines.

Magique je vous dis.

LA CULTURE RAJASTHANI

Le soir nous assistons à un spectacle de danse folk du Rajasthan en plein air dans la cour du Bagore Ki Haveli. Musique traditionnelle dont on tombe facilement amoureux avec le sitar, l’accordéon indien et les percussions. On admire les costumes colorés et dorés, les démonstrations de marionettes, les danses un poil basiques (mettez moi un sari et je vous fait une démo), on se marre bien et c’est super joli.

Bref vous l’aurez compris, Udaipur aura été une étape vraiment agréable, avec des activités plus diversifiées que les journées visites des palaces de Maharajas. 

Ce qui nous fait réfléchir au rythme que nous devons prendre pendant ce voyage. Ces 2 premieres semaines ont été fatigantes, alternant à un rythme éfréné projets et grosses journées de visites touristiques.
Nous réalisons que pour les prochains pays, nous préférons rester plus longtemps au même endroit et prendre le temps, avec comme ligne directrice de joindre des éco-villages.

Ca ne sera pas pour tout de suite, demain il nous faut rouler 12h pour rejoindre Delhi, puis l’Uttar Pradesh en train pour les 2 derniers projets de l’Inde.

A VOS EPICES !

A peine arrivés à Udaipur, nous nous sommes essayés à un cours de cuisine indienne.

La première chose à savoir est la définition de masala : c’est le mot qui désigne le mélange des épices. Il est employé partout, tout le temps, que ce soit pour le thé ou les plats.

Suman (notre hôte à Delhi) nous a montré sa boite à épices. La base, que chaque Indien a chez lui : Curcuma / chili doux / chili fort / graines de cumin / coriandre poudre / ail en poudre. J’ajouterai à cela la cannelle pour le thé, la cardamome pour les plats, et du gingembre frais pour un peu tout.

Au menu, nous avons donc fait un paneer masala : Le paneer est une sorte de fromage facile à faire soi-même – Ca n’a pas particulièrement de goût en le mangeant tout seul, mais c’est excellent dans un masala pimenté.
Pour la petite anecdote, au lieu de dire “cheese” pour sourire sur les photos, les Indiens disent “Paneer”!

Un chai latte masala: De petites feuilles de thé noir (tous les thés ne fonctionnent pas) bouilli avec 4/5 épices différentes dans de l’eau. On ajoute du lait à la fin. Pour avoir 50% d’eau et 50% de lait.


L’aloogobi : Aloo = pommes de terre et Gobi = chou-fleur.
En plus d’avoir le nom le plus fun des plats indiens, l’aloogobi est DE-LI-CIEUX ! Bien entendu, là encore il y a 1000 épices à mettre dans le wok au bon moment, (l’ordre est très important) et ne pas oublier de parsemer d’un énorme bouquet de coriandre, la base en Inde !

Le naan et le chapati : Une farine blanche pour le 1er, un farine complète pour le 2eme, la pâte est un jeu d’enfant. Ne pas huiler la plaque, pour que la pâte colle (il faut d’abord l’humidifier) et que la poêle soit retournée pour que le naan soit grillé par le feu. Notre favori est le naan à l’ail.
Le cheese naan est une version pour les occidentaux, tout le monde ne connait pas en Inde.
Il est servi à tous les repas sans exception. Français ou Indien, on ne peut pas manger sans pain ! 

Le mulligatawny : Mention spéciale pour Loic et Miléna qui nous ont fait découvrir cette soupe indienne avant notre départ, et que nous avions dégustée avec des lentilles, des morceaux de légumes et des épices.

Dès notre arrivée et à chaque nouvelle ville nous avons demandé aux locaux s’ils connaissaient, mais ça ne disait rien à personne.
On commençait à se dire que le mulligatawny est le Cheese Naan de la soupe : Inventée pour les occidentaux !
Soudain, à Udaipur, le miracle se produisit, il était sur toutes les cartes. Nous savons maintenant que c’est une spécialité du sud du Rajasthan, et qu’il n’y a pas de lentilles corail mais du riz non mixé, mais que les légumes le sont pour avoir une sorte de velouté, et que c’est bel et bien très très bon ! 

On pourrait vous faire un chapitre de livre pour vous présenter tous les plats indiens que nous avons pu déguster, mais comme ça serait trop long, on vous invitera à notre retour à Amsterdam pour vous faire goûter, ça sera plus simple !

Jodhpur, la bleue

Après 2 jours dans la campagne de Tilonia, nous revoici dans le tumulte de la ville. Néanmoins, Jodhpur est plus agréable que sa voisine Jaipur. Plus petite (“seulement” 1,3 million d’habitants), elle est aussi un peu plus propre et les rues agréables.

Lors de notre séjour au Barefoot College (littéralement collège pieds-nu), j’ai eu la mauvaise idée de laisser mes tongs en cuir devant la porte de la cantine. Comme tous les autres, sauf que les miennes doivent sentir meilleur – ou pire ? – que les autres, puisqu’en sortant de mon repas, l’une d’elles a disparu. On a fini par la retrouver croquée – Merci les chiens – mais tout de même encore fonctionnelle. J’étais bien déçue, c’est que j’y tiens à ces tongs! 

A peine arrivés dans Jodhpur, nous sortons nous balader pour la dernière heure du jour. Le moment est agréable. Nous marchons sur le bord de la chaussée, quand un homme, accroupi m’interpelle. Il ne parle pas anglais mais pointe ma tong, et me fais un geste de la main pour que je m’approche. Le gars à l’oeil quand même, il a vu direct qu’il y manquait un morceau.
Il me montre son étal de réparation de tongs (il a dû faire un partenariat avec les chiens de la région). Sans hésiter je la lui tend. Ca lui prendra 5 minutes à réparer ma précieuse chaussure! Clairement, il m’a fait ma soirée.

Enfin remise de cette histoire de pied, la soirée est vraiment agréable, et on se repose pour de vrai.

Marche dans les bazars, un verre sur un rooftop, avec vue sur le fort de Mehrangarh, pour lequel la ville est connue.

Nous rencontrons à notre hôtel un Français. Le monde est petit, il est aussi surpris qu’on connaisse Yssingeaux que l’on est surpris qu’il vienne de Haute-Loire ! Il est de passage pour  10 jours de méditation dans un ashram du coin. On lui souhaite bon courage, et une belle expérience !!


LE FORT DE MEHRANGARH

Nous voici nouveau à visiter un nouveau fort-palace de Maharaja, avec également un musée recelant des objets et palanquins royaux.

J’insiste ensuite lourdement pour aller voir le “White Temple”, ou Jaswant Thada qui est en fait la tombe (ou cénotaphe) du Maharaja Jaswant Singh II.

A l’intérieur, des portraits de profil des différents Maharajas qui se sont succédés sont présentés, et franchement le dessinateur de l’époque n’était pas fin physionomiste, tous les portraits se ressemblent.

Une fois de plus, la lumière de fin de journée est magnifique, et nous profitons d’un moment de pause dans l’herbe, à admirer le monument. 

Jaipur, la Rose

Faisons un petit bond dans la semaine pour vous raconter notre séjour à Jaipur ! Les jours précédents ont été incroyables et ont défilé à toute allure, et nous ont fait rencontrer des gens géniaux et des initiatives vraiment intéressantes. Thomas vous racontera tout ça dans le post de Shanti Sahyog à Delhi et de Frontier Market à Alwar.
En attendant, voici le petit récit (qui va surtout être en photos) de notre journée dans la capitale du Rajasthan !

Notre arrivée ayant été tardive le soir, nous avons profité un peu pour nous reposer le matin, et partir à la découverte des palais, avec notre super chauffeur Surendra.

Depuis le début des visites à Delhi et Agra, on a un peu l’impression d’être dans le décor d’Aladdin parfois.
Oui je sais, ça se passe en Arabie Saoudite et pas en Inde, mais vraiment, on pense que Disney s’est un peu planté entre les pays, et on vous le prouve : La ville d’Agra abrite le Taj Mahal et Agrabah la ville du grand palais blanc de Jasmine, le tigre du Bengale (état de l’Inde) de Jasmine s’appelle Rajah: roi en Hindi. La tenue bleue de Jasmine fait penser aux saris. Le tapis volant: Jaipur est très connue pour ses tapis. Le mont Abu dans le sud du Rajasthan porte le même nom que le singe d’Ali et qui se transforme en éléphant…L’un des animaux emblématiques de l’Inde.
Oui, j’ai bien bossé la question 😉 Alors, convaincus ?
Bref vous allez me dire oui mais il y a – ou avait – tout ça aussi en Arabie et vous marquerez surement un point, mais je reste convaincue que les deux cultures – (par ailleurs assez proches puisque l’Inde du Nord est un énorme melting pot entre l’Asie et l’Orient) ont été mixées pour l’occasion.
Bref, tout cela pour dire que l’on revoit nos classiques en chantonnant les musiques du dessin animé dès qu’on visite un nouveau palais de Maharaja 😀

Ci-dessus, le palais d’Amber, qui date de 1592, était la résidence des maharajas Rajputs pendant des siècles.

L’après-midi, direction le City Palace, où vit l’actuel Maharaja, Sawai Padmanabh Singh.

Petite minute culture : Maha signifie “puissant” ou “grand” et Raja signifie le Roi.
Les privilèges ont été abolis lors de l’indépendance de l’Inde en 1947, mais tout comme dans de nombreux pays d’Europe ayant eu une monarchie, le titre reste prestigieux et la tradition est toujours très ancrée dans la vie quotidienne.

Après ces visites de la gloire royale passée, nous repartons explorer les bazars indiens. L’expression “c’est le bazar ici” prend soudain tout son sens >_<

La fabrication des tissus, la porte des Vents illuminée et une petite pause avec ma nouvelle addiction: le thé massala au lait, un délice !

La porte d’entrée de notre guest house, et Bruno, le chien de la propriétaire 😀 (qui ne savait visiblement pas que c’est un prénom humain français haha).

La journée se finit en beauté avec un feu d’artifice (tout comme les jours qui vont suivre). Nous sommes en pleine saison des mariages en Inde – Printemps et températures douces obligent – alors nous nous endormons au rythme de la musique festive indienne, des aboiements des chiens et de quelques scooters tardifs.

C’était la fin, mais avouez que la vue n’est pas mal 😉

Le lendemain, nous partons en route pour Tilonia avec, sur le chemin, une visite imprévue chez Surendra qui nous présente sa famille , un chai latte partagé et une fanfare flashy annonçant le mariage des voisins !

Vont suivre 3h de route pour arriver à Tilonia, à suivre dans le prochain post du Barefoot Collège.

L’une des 7 Merveilles du Monde

Alors il est important de préciser dès le début de ce post que cela faisait bien longtemps que je rêvais de visiter le Taj Mahal. Joyau architectural de l’Inde, l’une des 7 Merveilles du Monde, la visite était dans la top list.

Il y a 3 ans, Thomas est venu à Delhi en déplacement professionnel et a eu l’occasion de visiter les alentours avec son collègue et ami Shovan.
Je n’avais qu’une seule demande : “Tu n’as pas intérêt à visiter le Taj sans moi !”. La 1ère fois il a tenu promesse. Lors de la 2eme visite en Inde, ça a été plus compliqué de dire non à Shovan qui tenait vraiment à lui faire visiter. (Impossible de venir en Inde du Nord sans visiter le Taj, qu’il lui a dit). Soit.
A son retour, il m’a dit, alors que je lui posais mille questions pour savoir comment c’était en vrai : “Bah en fait le Taj Mahal c’est pas si exceptionnel, ne sois pas déçue. On a visité le tombeau d’Humayun qui est une version plus petite du Taj et en rouge, mais finalement qui est même plus beau”.
(Le menteur…!! Vous vous en doutez, il voulait juste que je ne sois pas trop déçue qu’il y soit allé sans moi.)
Voilà ce que j’avais retenu, et je m’étais donc dit bon on va le visiter mais il faut que je m’attende à ce que ça ne soit pas si exceptionnel.

Il est 6h du matin quand nous quittons Delhi pour Agra, l’ancienne capitale moghole, avec Shovan, que j’ai enfin pu rencontrer !
La route est longue, mais nous arrivons milieu de matinée au mausolée, prêts à voir la Merveille.
La première porte annonce déjà la mesure de l’édifice, elle-même grandiose et je frissonne à l’idée de la franchir.

On franchit la porte et là… Là l’émotion m’envahit complètement.
C’est juste exceptionnel de se retrouver là, face à ce monument qu’on connait tous grâce aux photos.
On se croit dans un rêve mais c’est bien réel.
L’émotion et le bonheur d’être là ne me quitte pas de toute la visite, et on s’amuse avec Thomas et Shovan à faire des photos sympas.

Difficile de quitter le Taj Mahal, mais au bout de 3h de visite, on se dit que ça serait bien d’aller voir les autres lieux emblématiques.

Visite du fort d’Agra, splendeur de la dynastie Moghole en grès rouge.
L’histoire la plus connue est un poil triste, puisque le roi Shah Jahan, qui a fait construire le Taj Mahal en hommage à sa femme bien aimée, s’y fait emprisonner par son fils suite à un coup d’état, ne pouvant voir la fin de la construction que depuis sa cellule dans la forteresse.

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La journée bien remplie d’architecture somptueuse se termine au Fatehpur Sikri, une autre cité moghole datant du 16e siècle.
Nous nous y baladons en profitant de la belle lumière de fin de journée et du calme de l’endroit. Le moment est tout simplement parfait.

19h, il est l’heure de repartir pour Delhi, car 3h de route nous attendent et en Inde on ne sait jamais combien de temps va vraiment prendre le trajet ! (Il nous aura en effet fallu quasiment 5h pour le retour!)

Mais qu’importe, on se souviendra toute notre vie de cette journée unique !